Écrit par Kelly Miyamoto
Informations généalogiques
| Manzo Nagano | Tayoko Nagano Ishii | Tsuruta Uno | Kiyo Uno | ||||
| Terumaro “Frank” Nagano 1899 – ? | Tazuko Nagano Uno 1909 – ? | ||||||
| – | Marie Nagano | Kazue Kay Nagano | Chisato Rose Nagano | Tsuruo Teddy Nagano | Diane Hikaru Nagano | Amy Nagano Mensch | – |
Marie Nagano est née à Ocean Falls, en Colombie-Britannique, en 1936, de Tazuko et Terumaro « Frank » Nagano. Sa mère, Tazuko Ishii, était issue d’une famille de classe moyenne à Tokyo. L’histoire de son père est moins bien documentée, des éléments concernant ses origines familiales étant manquants. Initialement, on le croyait né à Victoria, en Colombie-Britannique, mais il est maintenant formellement établi qu’il est en fait né au Japon, bien que sa localité et sa date de naissance exactes demeurent inconnues. Après s’être mariés à Tokyo, les parents de Marie ont déménagé au Canada quelques années plus tard, en 1934. La famille Nagano s’est agrandie de cinq enfants entre 1939 et 1949 : Marie, Kazue, Chisato (Rose), Tsuruo (Teddy), Hikaru (Diane) et Amy.
Peu après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les personnes d’origine japonaise furent expulsés des régions côtières de la Colombie-Britannique. Le père de Marie a été envoyé à Schreiber, en Ontario, laissant sa mère s’occuper seule de leurs trois jeunes filles, alors qu’elle était enceinte d’un quatrième enfant.
« Ma mère était enceinte de sept mois lorsque nous avons quitté Ocean Falls, a raconté Marie. Elle ne voulait pas déménager, mais nous n’avions pas le choix. Nous sommes donc la dernière famille à avoir quitté, et Hastings Park fut notre première destination. » Marie ne se souvient pas exactement la manière dont sa famille a émigré de cette communauté isolée d’Ocean Falls, mais elle suppose que le voyage se fit en bus ou en bateau.
Marie se rappelle qu’à leur arrivée à Hastings Park, les familles japonaises étaient logées dans des étables ayant auparavant abrité du bétail. Chaque famille se vit attribuer un box. Le nettoyage de cette étable était en cours, et elle n’était pas entièrement prête quand la majorité des familles y est arrivée. « Ma mère a dit que nous avons dormi sous une tente pendant environ deux semaines, le temps que les autres box soient nettoyés. ». Marie précise qu’ils n’y sont pas restés très longtemps avant d’être à nouveau déplacés, cette fois à Rosebery, en Colombie-Britannique.
À Rosebery, Marie et sa famille logeaient dans un petit hôtel. La communauté environnante était majoritairement blanche, leur famille étant la seule d’origine japonaise à y vivre. Parmi leurs voisins, on y trouvait une famille suédoise, un Écossais propriétaire de pommiers et un commerçant anglais. Marie se souvient que sa famille était un peu isolée du reste des Japonais qui habitaient de l’autre côté du pont, dans d’autres quartiers de Rosebery.
Marie a fait ses études de la première à la troisième année à Rosebery, puis sa quatrième année à New Denver. Son frère et l’une de ses sœurs sont nés pendant cette période. Peu après la naissance de son frère, en mai 1942, le père de Marie retrouva le reste de la famille. « Nous avons tous voyagé ensemble à partir de là », a-t-elle raconté.
Marie a raconté : « Je n’étais qu’en quatrième année à New Denver quand nous avons commencé à être déplacés vers différents camps. » Elle se souvient d’être allée avec sa mère aux arrêts d’autobus à New Denver et d’avoir témoigné l’évacuation de gens. La famille Nagano a été transférée de New Denver à Transcona, une banlieue de Winnipeg, puis à Angler, en Ontario. La famille n’y est restée que quelques mois dans chacun des endroits. « Tout cela s’est déroulé en 1946. Et puis, finalement, [d’Angler,] nous avons abouti à Farnham, au Québec. »
Auberge à Farnham
La famille Nagano est arrivée à Farnham en octobre 1946, soit plus tard que la majorité des familles japonaises. Marie se souvient de son enfance à Farnham. « J’avais dix ans. Nous ne pensions pas trop à la guerre. Tant qu’on avait des amis avec qui jouer, on était heureux. La notion de séparation, ou toute idée similaire, ne m’est jamais venue à l’esprit, nous étions simplement dans une communauté où l’on jouait entre amis. »
Lors de son déménagement à Farnham, Marie a dû redoubler sa quatrième année, ayant perdu une année scolaire. Elle trouva cette épreuve difficile, surtout après tous ces déménagements. Marie se souvient également avoir perçu un certain malaise, voire une appréhension chez le personnel enseignant quant à la présence d’élèves japonais à l’école. Elle pense que certains enseignants ont peut-être même donné des noms anglais à ses frères et sœurs pour éviter d’utiliser leurs prénoms japonais.
Marie se rappelle que le trajet de l’école était long, surtout pendant les journées d’hiver les plus froides, mais la présence d’autres familles japonaises à proximité rendait cette expérience plus agréable. « Le chemin entre notre maison et l’école était long. Mais comme nous vivions tous au même endroit, on faisait la route ensemble. Sans doute au moins deux miles, mais bien sûr, on marchait toujours avec des amis, jamais seul. Une longue, longue marche. »
Comme de nombreuses familles japonaises réinstallées à Farnham, Marie et sa famille habitaient sur l’ancienne base militaire ayant servi de camp de prisonniers de guerre allemands. « Je ne me souvient de rien de particulier concernant la pièce, » a-t-elle confié. « Je pense bien que nous étions tous dans une seule pièce. C’était probablement là où les Allemands avaient été. »
Le père de Marie travaillait dans une entreprise qui teignait des étoffes pour la fabrication de meubles rembourrés. Il s’y rendait à vélo autant que possible, puisque la famille n’avait pas de voiture. La mère de Marie s’occupait d’élever et de prendre soin des enfants Nagano. Elle a travaillé brièvement dans une maison de retraite, mais a dû y renoncer au bout d’environ six mois pour s’occuper de son mari, tombé malade.
Marie évoque de nombreux souvenirs de son enfance à Farnham. Sa sœur Rose détestait la purée de pommes de terre servie au réfectoire. Quant à sa plus jeune sœur, Amy, elle est née à Cowansville en 1949. Marie a poursuivi ses études à l’école secondaire de Cowansville, s’y rendant en bus depuis l’École intermédiaire de Farnham (Farnham Intermediate School). Près de leur résidence familiale se trouvait un petit magasin général qui vendait des bonbons où Marie et ses frères et sœurs allaient s’acheter des bonbons avec l’argent que leur donnait leur mère. « À l’époque, on pouvait acheter ces bonbons durs. Quatre petits bonbons noirs pour un sou. »
« Et bien sûr, on fréquentait les cinémas, » a raconté Marie. « Mon père et ma mère y allaient sans faute chaque semaine. Ils marchaient jusqu’à la salle. » Le coût du billet était alors de soixante cents, et de trente cents pour les enfants. Chaque mois, la famille Nagano se procurait la feuille de programmes pour savoir ce qui serait à l’affiche les semaines suivantes. La mère de Marie permettait aux enfants d’aller une fois par mois à un bal ou au cinéma, mais des exceptions étaient parfois accordées. « Étant donné que mes parents adoraient le cinéma, ma mère particulièrement, si le film était excellent et qu’elle pensait que nous, les enfants, l’apprécierions, elle nous donnait également de l’argent pour y aller. Alors, on a toujours adoré le cinéma. C’était une époque formidable, très heureuse. »
De plus, il y avait des rassemblements réguliers parmi les quelques familles nippo-canadiennes qui demeuraient à Farnham après la fermeture du centre de réinstallation. « Une fois par mois, chacun apportait un plat chez les uns et les autres, » se souvient Marie. Elle mentionne sept couples qui accueillaient à tour de rôle, et leurs proches se réunissaient pour partager un repas et socialiser. « C’était vraiment agréable pour les parents », a dit Marie.
L’Église unie japonaise était aussi une grande source de cohésion pour les Nikkei à Farnham. « Le pasteur de l’Église unie était tellement gentil avec nous », a confié Marie. Marie correspond encore aujourd’hui avec le fils du pasteur. Le père de Marie était membre de l’Église unie japonaise, et sa mère était bouddhiste, mais elle encourageait ses enfants à participer aux activités religieuses. « Maman disait toujours : ‘Si vous n’avez rien d’autre à faire le dimanche, allez à l’église.’ »
Les parents de Marie sont restés dans la région de Farnham après la fermeture du centre de réinstallation, mais Marie et la plupart de ses frères et sœurs ont fini par partir. Marie est devenue infirmière. Elle et une amie à elle ont ensuite déménagé à Peterborough, en Ontario, et avaient prévu de voyager ensemble. Peu de temps après, Marie a rencontré son futur époux et s’est mariée un an plus tard. Malheureusement, Tsuruo, le frère de Marie, est décédé à l’âge de quarante-neuf ans. Il est resté à Farnham jusqu’à son décès.
Marie est retournée à Farnham plusieurs fois. « Farnham a vraiment beaucoup grandi », a-t-elle raconté. « J’y suis allée quelques fois, évidemment, parce que j’ai étudié à Sherbrooke et que le cimetière de mes parents est là-bas. » Marie reste en contact avec toute sa famille encore en vie, de même qu’avec plusieurs amis qu’elle a rencontrés à Farnham. Elle habite toujours à Peterborough.