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L’internement des Canadiens d’origine japonaise 

En février 1942, le gouvernement canadien a édicté le décret C.P. 1486 en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Ce dernier ordonnait ainsi l’expulsion forcée de plus de 22 000 Canadiens d’origine japonaise de la côte de la Colombie-Britannique et leur internement dans des camps construits à l’intérieur de la province11. Au cours de ce processus, le gouvernement fédéral a également liquidé les entreprises, les propriétés et les biens des Canadiens d’origine japonaise, ou Nikkei, vivant en Colombie-Britannique, et ce, sans leur consentement22. En 1945, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement fédéral a exigé des personnes internées qu’elles s’intègrent à la société canadienne ou qu’elles «  retournent  » au Japon. De plus, une zone d’interdiction d’entrée pour les Japonais fut délimitée dans les montagnes Rocheuses canadiennes. Ainsi, les familles Nikkei ayant choisi de rester au Canada plutôt que de « retourner » au Japon, en proie au conflit armé, ont été obligées de se déplacer vers l’est33. Au total, plus de 1 300 Canadiens d’origine japonaise ont été réinstallés dans la province de Québec44, dont environ 300 ayant vécu temporairement à l’auberge de Farnham (Farnham Hostel)55.

Families in Hostel
Le nombre total d’occupants de l’auberge de Farnham en janvier 1947.

Historique de l’auberge de Farnham (Farnham Hostel)

Montreal News Bulletin, June, 1946—Publication of the Standing Committee
Un numéro du « Montreal Bulletin » de 1946 décrivant le projet prévu pour l’auberge de Farnham.

En octobre 1943, la Commission des valeurs mobilières de la Colombie-Britannique (BCSC) proposa la mise en place d’un centre de réinstallation ou d’un foyer d’accueil pour loger les Canadiens d’origine japonaise qui arrivaient à Montréal, au Québec, depuis la côte Ouest. Dans sa proposition, le commissaire George Collins suggéra que la BCSC offre un hébergement gratuit aux Canadiens d’origine japonaise pendant la première semaine suivant leur arrivée au Québec, en plus de fournir à ces familles des meubles, de la vaisselle et du linge de maison66

Avant la fermeture des camps d’internement en Colombie-Britannique, prévue en 1946, le ministère du Travail a envisagé l’aménagement d’hébergements pour les Canadiens d’origine japonaise déplacés vers le Québec. Ces derniers ont été déplacés vers plusieurs sites différents, soit l’aérodrome de Saint-Hubert, la base militaire de Sorel, le camp d’entraînement de Farnham, et finalement, le camp d’internement de Farnham77. Entre 1943 et 1946, la gestion de ce centre de réinstallation québécois a été confiée par la BCSC au ministère du Travail.

La municipalité de Farnham est située dans les Cantons-de-l’Est du Québec, à environ une heure à l’est de Montréal. Au printemps 1946, l’auberge de Farnham (Farnham Hostel) a été mise en place, occupant des bâtiments qui faisaient à l’origine partie de la ferme expérimentale gérée par le ministère fédéral de l’Agriculture du Dominion du Canada. Cependant, ces bâtiments servaient alors de camp de prisonniers de guerre pour détenir, notamment, des Allemands, sous la responsabilité du ministère de la Défense nationale88. L’auberge de Farnham a officiellement ouvert ses portes le 20 juin 194699, alors que les camps d’internement de la Colombie-Britannique fermaient les leurs et que les familles canadiennes d’origine japonaise commençaient à affluer au Québec. L’auberge de Farnham était le point de réinstallation le plus oriental pour les Nikkei, accueillant ceux qui attendaient d’être placés en dehors de la zone d’exclusion. 

Map of Farnham Hostel
Une carte de la base militaire située à l’extérieur de Farnham, Québec, qui a servi de site pour le camp de relocalisation de Farnham de 1946 à 1947.
June 8, 1946 letter from J.O Beaudet to A. MacNamara
Correspondance entre le sous-ministre du Ministère du Travail et J.O. Beaudet, agent de placement pour l’auberge de Farnham, du 8 juin 1946.

L’agent de placement de la division japonaise du ministère du Travail qui avait été affecté à l’auberge de Farnham était M. J.O. Beaudet. Dans son rôle, il aidait les familles canadiennes d’origine japonaise à trouver un emploi et un logement dans la région de Montréal. Selon les documents d’archives, M. Beaudet aurait éprouvé des difficultés à accomplir cette tâche pour les familles Nikkei nombreuses, ce qui aurait prolongé leur séjour à l’auberge de Farnham pendant plusieurs mois. Afin d’inciter ces familles à se réinstaller ailleurs, M. Beaudet fut prié de fixer une date définitive pour la fermeture de l’auberge de Farnham, et de menacer d’affecter les chefs de famille Nikkei à des travaux en forêt dans le nord de l’Ontario1010.

L’année 1947 marque le début de la dispersion officielle des Canadiens d’origine japonaise résidant à l’auberge de Farnham (Farnham Hostel). La majorité des Nikkei qui y vivaient se sont établis dans les environs de Montréal, tandis que d’autres ont déménagé en Ontario. On compte onze familles qui sont restées à Farnham. Parmi celles-ci, six ont acheté des terrains sur le chemin Bedford, juste à l’extérieur des limites de la municipalité de Farnham1111, et cinq autres se sont installées ailleurs dans la ville. L’auberge de Farnham a officiellement fermé ses portes en novembre 1947.

Farnham House 1946
La « maison autonome », un logement faisant partie du camp de relocalisation, situé dans la municipalité de Farnham plutôt que la base militaire. Plusieurs familles avec de jeunes enfants y résidaient, chaque famille ayant une chambre et accès à une cuisine partagée.

  1. Kirsten Emiko McAllister, “Captivating Debris: Unearthing a World War Two Internment Camp,” Cultural Values 5, no. 1 (2001): 98-99; Pamela Sugiman, “Life is Sweet”: Vulnerability and Composure in the Wartime Narratives of Japanese Canadians,” Journal of Canadian Studies 43, no. 1 (2009): 188. ↩︎
  2. Sugiman, “Life is Sweet”: 190. ↩︎
  3. Sugiman, “Life is Sweet”: 188. ↩︎
  4. Kuni Uchida and Rei Nishio, “The Japanese in Montreal: An Ecological and Sociological Survey,” Social Welfare Committee of the Quebec Chapter of the Japanese Canadian Citizens Association (1953). ↩︎
  5. ↩︎
  6. George Collins to Eastwood, Simmons and Booth, 7 October 1943, RG3627, box 32, folder 1959 “Quebec – Farnham Hostel and Surplus,” Japanese Division series, Department of Labour fonds, Library and Archives Canada, Ottawa, ON.  ↩︎
  7. A.H. Brown to MacNamara, 17 April 1946, CA MUA MG4247, series 3, container 10, box 21, folder 3, Japanese Canadian History and Archives Committee of the Japanese Canadian Cultural Centre of Montreal Collection, McGill University Archives, Montreal, QC. ↩︎
  8. Unidentified to Maurice Halle, 14 November 1947, CA MUA MG4247, series 3, container 10, box 21, folder 3, Japanese Canadian History and Archives Committee of the Japanese Canadian Cultural Centre of Montreal Collection, McGill University Archives, Montreal, QC. ↩︎
  9. J.O. Beaudet to H.T. Pammett, 8 August 1946, CA MUA MG4247, series 3, container 10, box 21, folder 3, Japanese Canadian History and Archives Committee of the Japanese Canadian Cultural Centre of Montreal Collection, McGill University Archives, Montreal, QC. ↩︎
  10. J.F. MacKinnon to J.O. Beaudet, 1 November 1946, CA MUA MG4247, series 3, container 10, box 21, folder 3, Japanese Canadian History and Archives Committee of the Japanese Canadian Cultural Centre of Montreal Collection, McGill University Archives, Montreal, QC. ↩︎
  11. Fred Aydon to J.F. MacKinnon and R.H. Davidson, 18 March 1947, LAC RG3627, box 32, folder 1959 “Quebec – Farnham Hostel and Surplus,” Japanese Division series, Department of Labour fonds, Library and Archives Canada, Ottawa, ON. ↩︎